Économie
États-Unis–Canada : guerre économique sur fond de tarifs douaniers
De Justin Trudeau à Mark Carney, dix-neuf mois d'escalade douanière entre Ottawa et Washington. Surtaxes contre surtaxes, et un Canada qui cherche ailleurs de nouveaux partenaires.
Une guerre commerciale opposant les États-Unis au Canada débute le 1er février 2025, lorsque le président américain Donald Trump a signé des executive orders imposant des tarifs douaniers quasi universels sur les importations en provenance du Canada, droits qui devaient entrer en vigueur le 4 février. Les executive orders prévoyaient des tarifs douaniers de 25 % sur toutes les importations provenant du Canada, à l’exception du pétrole et de l’énergie canadiens, qui seraient taxés à hauteur de 10 %.
En réponse au projet d’imposer des tarifs douaniers, le premier ministre canadien Justin Trudeau a déclaré que le Canada réagirait immédiatement en imposant des tarifs douaniers de 25 % sur 30 milliards CAD (environ 20 milliards USD) d’importations américaines, montant qui serait augmenté à 155 milliards CAD (environ 100 milliards USD) dans un délai de trois semaines.
Le 3 février, le Canada négocie un report d’un mois des tarifs douaniers avec les États-Unis et les deux pays se sont mis d’accord pour renforcer la sécurité aux frontières. Malgré ces efforts, les tarifs douaniers américains sont entrés en vigueur le 4 mars 2025, le Canada rétorquant par des tarifs douaniers. Le 6 mars, le président Trump a suspendu l’imposition de la mesure sur les produits qui respectent l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
De l’ALENA à l’ACEUM
Trump a déclaré que ces tarifs douaniers visaient à réduire le déficit commercial des États-Unis et à obliger le Canada à sécuriser la frontière canado-américaine dans le but de lutter contre l’immigration illégale et le trafic de fentanyl. Trudeau qualifie d’injustifiés les tarifs douaniers américains et déclare que Trump avait l’intention d’utiliser les tarifs douaniers pour forcer l’annexion du Canada par les États-Unis, ce que Trump a suggéré publiquement à plusieurs reprises depuis sa seconde élection. Ce que d’ailleurs verraient d’un mauvais œil certains économistes qui ont déclaré que les tarifs douaniers perturberaient probablement le commerce entre les deux pays, bouleversant les chaînes d’approvisionnement en Amérique du Nord et augmentant les prix à la consommation au Canada et aux États-Unis.
Il existe pourtant depuis 1994 un accord de libre-échange nord-américain connu sous le sigle ALENA, remplacé en 2020 par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) pendant la première présidence de Donald Trump, notamment à cause de l’opposition de Trump envers l’ALENA. Les différences entre l’ALENA et l’ACEUM sont à la limite d’ordre édulcorant : les tarifs douaniers ont été maintenus à zéro pour les trois pays, mais une clause permet d’imposer certains tarifs douaniers au nom de la sécurité nationale.
De Trudeau à Carney, la rupture
Quand le premier ministre Justin Trudeau s’en va en laissant la place à son successeur le premier ministre Mark Carney, les relations économiques entre les États-Unis et le Canada traversent une période de crise grave et de guerre commerciale ouverte. L’arrivée de celui-ci n’a pas fait baisser les tensions; pis, elles semblent exacerbées au regard des derniers développements.
Depuis son accession au poste de premier ministre, les relations n’ont fait que s’envenimer entre Ottawa et Washington. Jouissant d’un soutien des trois quarts des Canadiens, le premier ministre Mark Carney a rompu les pourparlers commerciaux avec Washington, jugeant les exigences de l’administration américaine inacceptables et qualifiant les liens de dépendance économique envers les États-Unis de « faiblesse », le vendredi 21 août 2026. Ottawa reproche aux États-Unis de « demander trop et d’offrir trop peu ».
Au Québec, où la majorité des habitants parlent français, le choix de Mark Carney est même approuvé par 85 % de la population. Et pour cause : les négociateurs américains sont accusés de s’en prendre à l’exception culturelle québécoise, en remettant en cause la place des médias francophones en ligne ou l’obligation d’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada.

Guerre ouverte
Depuis le lundi 31 août 2026, nous assistons à une sorte de « mano a mano » s’apparentant à une réponse du berger à la bergère : surtaxes contre surtaxes, depuis l’échec d’ultimes négociations. Sont ainsi entrés en vigueur de nouveaux droits de douane américains de 50 % sur un certain nombre de produits canadiens, dont le ciment ou des produits aussi aléatoires que les crosses de hockey.
En réponse, le Canada compte imposer, dès le 8 septembre, des droits de douane allant de 15 à 50 % sur une série de produits américains. Sont concernés l’acier ou les produits laitiers, le matériel agricole, l’industrie du papier, l’électronique et les appareils électroménagers. Dans un chassé-croisé, les États-Unis ont imposé des droits de douane massifs (notamment sur l’acier, l’aluminium et le secteur automobile), tandis que le Canada a répliqué par des tarifs de rétorsion et des mesures ciblant les contrats publics.
Par ailleurs, la dernière offensive américaine a beau avoir été rapide et avoir fait du bruit, ses effets sont plutôt neutres, a estimé Jean-Michel Marcoux, professeur adjoint à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval.
Alors que Donald Trump présente les États-Unis comme victimes du Canada, le ministre canadien des Finances assure que le montant des surtaxes correspondra au « dollar près » à celui des surtaxes américaines. Lors d’une visite d’usine, François-Philippe Champagne a rappelé qu’Ottawa n’a « pas choisi » de mener cette guerre commerciale qui représente un « défi sans précédent » pour le Canada, pour qui les États-Unis sont le premier partenaire commercial.
Face à ces tensions et aux pressions protectionnistes de Washington, le gouvernement de Mark Carney cherche activement à diversifier les partenariats commerciaux du Canada vers d’autres puissances (accords avec l’Allemagne, le Japon, l’Inde et les Émirats arabes unis). Cela pourrait ouvrir un nouvel horizon pour un pays comme le Canada aux potentiels immenses.