Économie
Économie globale et perspectives régionales : entre chocs et impacts
Croissance mondiale projetée à 3,0 % pour 2026, guerre au Moyen-Orient, essor de l'intelligence artificielle : ce que cet environnement fait au Canada, et au Québec, où la diversité sert d'amortisseur.
L’économie mondiale affiche actuellement une croissance modérée mais résiliente, projetée à 3,0 % pour l’année 2026 par le Fonds monétaire international (FMI).
Le paysage macroéconomique est dicté par deux forces majeures et contraires : le fardeau de la guerre au Moyen-Orient et la fragmentation commerciale freinent l’activité, tandis que l’essor massif de la technologie liée à l’intelligence artificielle sert de puissant moteur contracyclique.
Les prévisions de croissance mondiale, à 3,0 % pour 2026 et 3,4 % pour 2027, sont globalement inchangées en termes cumulés par rapport à l’édition d’avril 2026 des Perspectives de l’économie mondiale. Les perspectives sont contrastées : le choc de la guerre pèse sur les importateurs d’énergie et les économies vulnérables, tandis que la demande tirée par l’IA profite aux pays intégrés à la chaîne de valeur technologique mondiale. La désinflation mondiale marque le pas. Les risques sont plus équilibrés qu’en avril, mais des risques baissiers persistent en cas de reprise du conflit et de correction des marchés financiers. Les décideurs devraient préserver la stabilité des prix, reconstituer l’espace budgétaire et renforcer l’adaptabilité.
L’impact sur l’économie canadienne
Selon la Banque du Canada, dans son rapport sur la politique monétaire de juillet 2026, l’environnement économique mondial a un impact direct et contrasté sur le Canada, caractérisé par une croissance modérée, une inflation énergétique importée et un statu quo monétaire prolongé.
Dans la foulée, les perturbations des chaînes d’approvisionnement liées à la guerre se répercutent sur les prix à la consommation. Le conflit au Moyen-Orient engendre des pressions sur les coûts directs et indirects. Ces pressions ont une incidence significative sur les perspectives d’inflation.
Cependant, les projections du Canada demeurent optimistes et les perspectives de croissance globalement inchangées. Après un début d’année 2026 plus faible que prévu, la croissance du PIB devrait être légèrement plus forte en 2027 et 2028. Bien que l’inflation à court terme ait été un peu plus élevée que prévu, les perspectives en matière d’inflation restent globalement stables.
Au Québec, la diversité comme amortisseur
Au Québec, l’impact de cet environnement mondial se traduit par une croissance économique modérée mais résiliente, une pression accrue sur le coût de la vie et une accélération de l’intégration économique de sa diversité sociale. Portée par une démographie dynamique et un tissu communautaire fort, la province utilise sa diversité comme un levier pour atténuer les chocs macroéconomiques globaux.
Pour tenir face au choc international et aux perturbations, les autorités locales s’emploient à maîtriser le marché de l’emploi en s’appuyant sur la diversité comme bouclier contre la pénurie, à travers l’intégration des talents issus de l’immigration. Face au vieillissement de la population, la diversité sociale du Québec est un moteur économique essentiel. Les entreprises québécoises se tournent massivement vers les travailleurs qualifiés issus des communautés culturelles, notamment la diaspora africaine et francophone, pour combler les besoins criants dans les secteurs de la santé (préposés aux bénéficiaires, infirmières), de l’éducation et des technologies.
Le grand enjeu actuel reste l’allègement des barrières administratives pour permettre aux professionnels formés à l’étranger d’exercer rapidement à la hauteur de leurs compétences.
Logement, énergie : la double pression
Le coût de la vie et la solidarité communautaire restent des nœuds gordiens pour le gouvernement local. La hausse des taux d’intérêt maintenue par la Banque du Canada freine la construction résidentielle à Montréal et à Québec, exacerbant la crise du logement. Parallèlement, l’inflation énergétique mondiale pèse sur le budget des ménages, qui se sentent impuissants et subissent.
Du coup, le rôle des organismes communautaires devient prépondérant face aux besoins croissants et à une offre qui s’amenuise malgré leur bonne volonté. Face à cette précarité, le réseau d’organisations communautaires et de soutien à l’immigration du Québec est sollicité comme jamais. Ces structures jouent un rôle de stabilisateur social en offrant de l’aide alimentaire, de l’accompagnement au logement et des services d’intégration pour briser l’isolement des nouveaux arrivants. Quoique salutaires, ces organismes ne peuvent faire que ce que leurs moyens permettent de couvrir.
L’entrepreneuriat de la diversité, lueur d’espoir
Malgré la conjoncture économique, on assiste à un boom de l’entrepreneuriat qui se fonde sur l’inclusivité. Il y a une forte dynamique entrepreneuriale au sein des communautés racisées et de la diaspora au Québec. De plus en plus de programmes de financement provinciaux ciblés soutiennent les entrepreneurs issus de la diversité, favorisant l’innovation locale et l’attractivité sous le fondement du vivre-ensemble.
Dans les domaines comme le commerce bilatéral et le co-développement, profitant de sa maîtrise de la langue française, la diaspora québécoise intensifie les initiatives économiques bilatérales. De nombreuses entreprises fondées par des Afro-Québécois créent des ponts commerciaux directs avec le continent africain (import-export, technologie, agroalimentaire), participant à la stratégie de diversification des marchés du Canada face aux barrières douanières américaines.
Par ailleurs, le Québec bénéficie d’un rayonnement culturel et d’une économie créative qui s’appuient sur sa richesse sociétale. Il se distingue des autres provinces par une vitalité culturelle unique où les expressions artistiques de la diversité (musique, festivals, littérature) ne sont plus marginales, mais bien ancrées dans l’économie créative de la province. Les événements célébrant les cultures afro-descendantes, comme le Mois de l’histoire des Noirs ou les festivals urbains, génèrent d’importantes retombées touristiques et économiques locales.
Bien que cela ne soit pas la panacée, le phénomène demeure un atout considérable dans une économie qui, malgré des prévisions optimistes, n’échappe pas aux aléas d’un environnement plein d’incertitudes.