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Économie

Assurances de personnes : l'angle mort de l'optimisation financière

On pense au salaire, à l'épargne, au REER, au CELI. Mais que se passe-t-il financièrement si, demain, une maladie ou un accident empêche de travailler ? L'assurance n'est pas une dépense : c'est un outil de gestion des risques.

Assurances de personnes : l'angle mort de l'optimisation financière
Illustration produite pour Diversité Mag

Lorsqu’on parle de finances personnelles, on pense spontanément au salaire, à l’épargne, aux investissements, au REER, au CELI, à l’achat d’une maison ou encore au remboursement des dettes. Tels sont à l’évidence nos premiers centres d’intérêt pour sécuriser l’avenir dans lequel nous nous projetons.

Mais une question fondamentale est souvent oubliée : que se passe-t-il financièrement si, demain, une maladie, un accident ou une invalidité empêche une personne de travailler ou entraîne des dépenses imprévues ?

L’assurance n’est pas simplement une dépense mensuelle supplémentaire. Elle constitue un outil de gestion des risques financiers. Son objectif est de protéger le revenu que l’on reçoit pour bâtir son épargne, ses projets et la stabilité financière de la famille.

Au Québec, la RAMQ joue un rôle essentiel en donnant accès à de nombreux soins médicaux couverts. Les services médicaux nécessaires, comme certaines consultations, chirurgies et traitements, sont pris en charge lorsqu’ils répondent aux critères du régime public. Mais être couvert pour recevoir des soins ne signifie pas nécessairement être protégé contre les conséquences financières d’un événement de santé.

Quand la santé devient un enjeu financier

Prenons le cas d’une personne qui gagne 4 000 $ par mois. Elle a un loyer ou une hypothèque, une voiture, des factures d’électricité, des assurances, des paiements de cartes de crédit, des dépenses alimentaires et peut-être des enfants à charge.

Si cette personne est hospitalisée ou dans l’incapacité de travailler en raison d’un accident, elle continue malgré elle à faire face à ses factures, qui n’ont pas automatiquement pris congé. Quoique soulagée par une couverture maladie, les autres aspects de sa vie restent en souffrance. Le problème financier ne vient pas uniquement du coût des soins.

Il peut provenir de la diminution ou de l’arrêt du revenu, de certains frais non couverts, du transport, des médicaments ou services admissibles selon certaines protections, des besoins d’aide à domicile, des dépenses liées à la récupération, des adaptations nécessaires au quotidien, des paiements de dettes et obligations financières, ou de la nécessité de puiser rapidement dans l’épargne.

Une maladie ou un accident peut donc transformer rapidement un problème de santé en problème financier. L’optimisation financière ne consiste pas seulement à chercher le meilleur rendement sur son argent. Elle consiste aussi à protéger son patrimoine contre les événements qui pourraient le faire disparaître.

RAMQ, assurance collective, assurance individuelle : trois rôles

La RAMQ constitue le socle du système public. Elle permet notamment l’accès à plusieurs services médicaux assurés, comme les consultations médicales, certains examens, traitements et chirurgies. Mais plusieurs services ou dépenses ne sont pas couverts : certains services professionnels, certains services en clinique privée, des soins pour des raisons esthétiques et plusieurs autres services non assurés. La RAMQ protège donc principalement l’accès à des soins de santé couverts. Elle n’a pas pour fonction de verser à une personne une somme forfaitaire parce qu’elle a subi une fracture, une chirurgie admissible ou une hospitalisation.

L’assurance collective offerte par l’employeur constitue une protection très importante pour de nombreux travailleurs. Selon le régime, elle peut comprendre des protections liées aux médicaments, aux soins dentaires, aux soins paramédicaux, à l’invalidité, à l’assurance vie ou à d’autres frais de santé. Au Québec, lorsqu’une personne est admissible à un régime privé d’assurance médicaments, elle doit généralement y adhérer plutôt qu’au régime public, selon les règles applicables.

Mais une assurance collective est généralement liée à l’emploi et aux conditions du régime de l’employeur. Il faut donc connaître exactement ce que son régime couvre. Deux personnes travaillant dans deux entreprises différentes peuvent avoir des protections complètement différentes. L’une peut croire que « j’ai des assurances au travail, donc je suis entièrement protégée », alors qu’en réalité certaines situations peuvent demeurer insuffisamment couvertes.

Ce que l’assurance complémentaire vient combler

C’est ici que les assurances de personnes complémentaires deviennent intéressantes dans une stratégie financière. Elles peuvent combler certains écarts entre les besoins financiers d’une personne et les protections déjà disponibles. Certaines protections individuelles en cas d’accident ou de maladie peuvent prévoir, selon les modalités du contrat : une prestation quotidienne en cas d’hospitalisation, une prestation quotidienne en soins intensifs, une prestation liée à une chirurgie d’un jour ou à une fracture, une prestation pour certains frais liés à l’ambulance, ou des prestations de rétablissement après hospitalisation.

Selon les conditions du contrat, ces prestations peuvent être versées directement à l’assuré. La valeur pécuniaire peut alors servir à répondre aux besoins financiers réels de la famille, ce qui est logiquement différent de la logique d’une assurance qui rembourse uniquement une facture précise.

Prenons l’exemple d’une personne hospitalisée pendant plusieurs jours. La RAMQ peut prendre en charge les services médicaux assurés. Son assurance collective peut également couvrir certaines dépenses admissibles. Mais pendant cette période, la famille va quand même continuer d’assurer le quotidien : hypothèque, voiture, épicerie, garderie, autres factures, transport, dépenses quotidiennes. Une assurance complémentaire qui prévoit une prestation en cas d’hospitalisation peut alors apporter une liquidité supplémentaire, selon le contrat. Cette liquidité peut permettre d’éviter de vider son compte d’urgence, d’utiliser une carte de crédit, de vendre des placements au mauvais moment, d’emprunter ou d’interrompre un projet financier important.

L’assurance invalidité : protéger le véritable moteur des finances

Pour la majorité des travailleurs, le plus gros actif n’est pas nécessairement la maison ou le portefeuille d’investissement. C’est la capacité de générer un revenu pendant plusieurs décennies. Une assurance invalidité vise justement à protéger ce revenu lorsqu’une maladie ou une blessure couverte empêche de travailler.

Certains produits individuels offrent notamment des prestations pouvant aller jusqu’à 3 000 $ par mois, avec des protections pouvant viser l’invalidité totale ou partielle, selon le produit et le contrat. Parce qu’une personne peut avoir 50 000 $ d’épargne, mais si elle perd 4 000 $ de revenu chaque mois, cette épargne peut être rapidement sollicitée. Protéger son revenu, c’est donc protéger sa capacité d’épargner, d’investir, de payer ses dettes et de maintenir son niveau de vie.

L’assurance maladies graves : une protection contre le choc financier

La logique est différente de celle de l’assurance invalidité. En cas de diagnostic d’une maladie couverte et si toutes les conditions du contrat sont respectées, une assurance maladies graves peut prévoir une prestation forfaitaire. Certains produits offerts au Canada permettent de choisir un montant de protection et peuvent couvrir plusieurs conditions graves, selon le plan sélectionné.

Cette somme peut servir, selon les besoins de l’assuré, à maintenir les dépenses courantes, payer des dettes, compenser une perte de revenu, financer certaines dépenses liées à la récupération, payer le transport, obtenir de l’aide à domicile ou préserver une partie de l’épargne. L’intérêt économique se résume ainsi : au lieu de demander à son patrimoine de survivre à la maladie, on crée une réserve financière spécialement destinée à absorber le choc.

Deux mains abritant une silhouette de famille
Illustration produite pour Diversité Mag

L’assurance comme stratégie d’optimisation financière

Optimiser ses finances ne signifie pas seulement : « Comment puis-je faire fructifier mon argent ? » Il faut également demander : « Comment puis-je empêcher qu’un événement imprévu détruise ce que j’ai réussi à construire ? »

Une stratégie financière équilibrée devrait donc considérer quatre éléments : créer de la richesse (épargne, investissements, immobilier, retraite); réduire les dettes (hypothèque, cartes de crédit, prêts personnels); constituer une réserve de liquidités (fonds d’urgence); et transférer certains risques à l’assurance (maladie, accident, invalidité, décès, maladies graves).

Une assurance collective est une excellente protection, mais pas suffisante. Elle ne signifie pas automatiquement que tous les risques financiers sont couverts. La RAMQ est indispensable. Mais la protection individuelle peut venir ajouter une couche de sécurité supplémentaire, particulièrement pour les personnes qui souhaitent protéger leur revenu, leur épargne et leur famille contre les conséquences financières d’un accident, d’une maladie ou d’une invalidité.

La véritable richesse ne se mesure pas uniquement à ce que nous possédons, mais aussi à notre capacité à préserver ce que nous avons construit lorsque la vie nous réserve un imprévu.

Michèle Epoh Yimi

Le but n’est pas de s’assurer contre tout. L’objectif est de déterminer quels risques je pourrais financièrement absorber seul, et lesquels pourraient mettre en mal la stabilité de ma famille, mon revenu ou mon patrimoine. C’est cette réflexion qui transforme l’assurance d’une simple dépense en un véritable outil d’optimisation financière.

Parce que chaque situation est différente, il n’existe pas de protection universelle. L’essentiel est de poser les bonnes questions, de comprendre ce que l’on possède déjà et de combler, lorsque cela est nécessaire, les écarts entre les protections disponibles et les besoins réels. Prévoir n’est pas vivre dans la peur de l’imprévu. C’est se donner les moyens de continuer à avancer, même lorsque la vie nous oblige à ralentir.