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Les cinq chiffres du rapport annuel sur les discriminations
Emploi, logement, santé, école, guichet : ce que le rapport mesure et ce qu'il ne mesure pas.
Le rapport annuel sur les discriminations tient en deux cent quarante pages et cinq chiffres que l'on retrouvera dans tous les commentaires. Il mérite une lecture plus lente, car l'essentiel s'y trouve dans les notes de méthode.
Premier chiffre : la part des réclamations liées à l'origine progresse pour la quatrième année consécutive. Les auteurs préviennent aussitôt qu'une hausse des réclamations ne mesure pas une hausse des discriminations, mais une combinaison de trois facteurs — le phénomène lui-même, la connaissance du recours, et la confiance dans son utilité.
Cinq chiffres et leurs réserves
Deuxième chiffre : l'emploi concentre la moitié des saisines, très loin devant le logement et les services publics. La répartition est stable depuis dix ans et reflète autant la structure du droit — l'emploi est le domaine le mieux outillé juridiquement — que celle des faits.
Troisième chiffre : le délai moyen de traitement d'un dossier dépasse quatorze mois. C'est le chiffre le plus commenté en interne, car il conditionne tous les autres. Un recours qui aboutit après le renouvellement d'un CDD ou la relocation d'un appartement perd l'essentiel de sa portée.
Quatrième chiffre : dans près de sept cas sur dix, le dossier se clôt sans qualification, faute d'éléments suffisants. Ce taux n'indique pas que les réclamations sont infondées ; il indique que la preuve d'une discrimination est, par construction, difficile à réunir pour la personne qui la subit.
Cinquième chiffre : la part des réclamations émanant des territoires ruraux augmente plus vite que la moyenne. Les auteurs y voient d'abord un effet de la dématérialisation des saisines, et invitent à la prudence.
Ce que le rapport ne mesure pas
Ce que le rapport ne mesure pas occupe une place inhabituelle cette année, avec un chapitre entier consacré au non-recours. Les enquêtes citées estiment qu'une personne sur cinq seulement engage une démarche après avoir vécu ce qu'elle identifie comme une discrimination.
Les raisons invoquées se répartissent en trois familles : l'ignorance du recours, la crainte des représailles — majoritaire dans l'emploi — et la conviction que cela ne servira à rien. Cette troisième famille progresse.
C'est sur ce point que le rapport se fait le plus direct. Il note qu'un dispositif dont l'issue la plus probable est un classement sans suite produit mécaniquement du non-recours, et que le renforcement des moyens d'enquête conditionne toute politique en la matière.
Les recommandations reprennent des propositions anciennes : généraliser les tests de situation à l'initiative des autorités, publier les résultats par secteur, et raccourcir les délais. Aucune n'est nouvelle, et c'est peut-être l'information principale de ce rapport.
Une continuité qui interroge
Le rapport consacre également un développement au traitement des saisines par les administrations elles-mêmes. Il relève que les réponses apportées se limitent souvent à un rappel du droit, sans examen des faits, et invite à distinguer l'information juridique de l'instruction.
Un chapitre porte sur les collectivités territoriales, dont les réclamations progressent. Les auteurs y voient l'effet du transfert de compétences sociales plus que d'une dégradation des pratiques, et appellent à un outillage des services.
L'annexe méthodologique, rarement lue, contient l'essentiel des précautions. Elle rappelle que les réclamations ne constituent pas un échantillon représentatif, que les catégories de motifs se recoupent, et qu'une même situation peut relever de plusieurs discriminations.
Cette dernière remarque explique une partie des écarts entre le rapport et les commentaires qu'il suscite. Additionner les motifs conduit à des totaux supérieurs au nombre de dossiers, ce qui alimente régulièrement des lectures erronées.
Sur le fond, la continuité avec les éditions précédentes est frappante. Les mêmes secteurs, les mêmes obstacles probatoires, les mêmes recommandations. Les auteurs en font d'ailleurs le constat en introduction, dans une formulation inhabituellement sèche.
Le document est public et téléchargeable ; il gagne à être lu autrement que par ses chiffres d'ouverture, qui en constituent la partie la moins informative.