Le premier grand débat télévisé de la campagne électorale québécoise a placé Christine Fréchette dans une position particulièrement difficile. Installée au centre du plateau du Face-à-Face animé par Paul Larocque à TVA, la cheffe de la Coalition avenir Québec s’est retrouvée la cible principale de ses quatre adversaires.
Paul St-Pierre Plamondon, Charles Milliard, Éric Duhaime et Ruba Ghazal ont multiplié les attaques contre le bilan de la CAQ. Les finances publiques, les dépenses gouvernementales, la santé, l’immigration et les promesses non réalisées ont alimenté une bonne partie des échanges.
Au lendemain du débat, plusieurs analyses médiatiques ont accordé l’avantage à Paul St-Pierre Plamondon. Le chef péquiste est apparu préparé, calme et relativement à l’aise sous la pression. Charles Milliard et Éric Duhaime ont aussi connu de bons moments, tandis que Christine Fréchette a surtout dû défendre le bilan de son gouvernement.
« Je ne suis pas M. Legault »
L’une des déclarations les plus révélatrices de la soirée est venue de Christine Fréchette lorsqu’elle a voulu prendre ses distances avec son prédécesseur : « Je ne suis pas M. Legault. »
Cette phrase résume à elle seule le défi auquel elle fait face. La première ministre cherche à présenter une nouvelle manière de gouverner, mais elle demeure à la tête de la formation politique qui dirige le Québec depuis 2018. Ses adversaires se sont donc appliqués à lui rappeler qu’elle a elle-même participé au gouvernement de François Legault.
Christine Fréchette a résisté aux attaques, sans véritablement commettre d’erreur majeure. Elle a toutefois eu de la difficulté à imposer ses propres thèmes, puisqu’elle devait constamment répondre aux critiques adressées à la CAQ.
Dans ce contexte, elle apparaît comme la principale perdante politique de la soirée, non pas nécessairement en raison de sa performance personnelle, mais parce que le bilan de son parti lui a laissé très peu d’espace pour passer à l’offensive.
PSPP profite de sa position
Paul St-Pierre Plamondon semble avoir été celui qui a le mieux tiré son épingle du jeu. Il a attaqué le gouvernement sur son bilan tout en cherchant à préserver une posture de futur premier ministre.
Le chef péquiste a également dû répondre aux questions concernant son projet référendaire. Ses adversaires ont tenté de présenter cette promesse comme un facteur d’incertitude, mais il est demeuré fidèle à son message.
Un sondage éclair Léger réalisé après le Face-à-Face l’a désigné comme le gagnant du débat. Plusieurs commentateurs politiques ont partagé cette lecture, même si les évaluations diffèrent quant aux performances des autres chefs.
Charles Milliard mise sur le français
Charles Milliard a livré une prestation solide, particulièrement pendant les échanges consacrés à la protection et à l’avenir du français au Québec.
Le chef libéral a tenté de démontrer que son attachement au Canada n’était pas incompatible avec une défense ferme de la langue française. Il a notamment rappelé que sa mère, Lise Milliard, avait été professeure de français, donnant ainsi un caractère plus personnel à son intervention.
Milliard s’est aussi montré offensif envers Christine Fréchette. Il lui a reproché de s’appuyer sur un discours préparé pour elle, mettant en doute la spontanéité et l’authenticité de certaines de ses réponses.
Sa performance lui a permis de préciser son positionnement : défendre le français à l’intérieur du Canada, tout en se présentant comme une solution de remplacement à la CAQ. Selon notre lecture, Charles Milliard arrive derrière PSPP parmi les chefs qui ont le mieux profité de la soirée.
Il faut toutefois souligner que certains analystes et le sondage réalisé après le débat ont plutôt accordé la deuxième place à Éric Duhaime.
Les compressions de Duhaime sous la loupe
Éric Duhaime s’est montré combatif et efficace dans les confrontations directes. Son projet de retrancher 47 milliards de dollars dans les dépenses publiques sur une période de cinq ans l’a cependant placé sur la défensive.
Ses adversaires l’ont pressé de préciser les secteurs qui seraient touchés et les conséquences possibles de ces compressions sur les services à la population. Christine Fréchette a présenté cette proposition comme une forme de démantèlement de l’État québécois.
La cheffe caquiste a également attaqué Duhaime sur la place des femmes dans son projet de société. Elle lui a reproché certaines propositions touchant les familles et les services de garde, estimant qu’elles risqueraient de nuire à l’autonomie financière des femmes et à leur présence sur le marché du travail.
Le chef conservateur a rejeté cette interprétation et maintenu que son programme offrirait davantage de liberté aux familles. Malgré les attaques, sa capacité à défendre clairement ses positions lui a permis de connaître plusieurs bons moments.
Ruba Ghazal fidèle à sa ligne
Ruba Ghazal a défendu les priorités habituelles de Québec solidaire, notamment le renforcement des services publics, la protection de l’environnement et la réduction des inégalités.
Elle s’est montrée cohérente et combative, mais a eu plus de difficulté à occuper durablement le centre des discussions. Le débat a surtout été dominé par les attaques contre la CAQ et par les affrontements entre les chefs péquiste, libéral et conservateur.
Le bilan caquiste au cœur de la campagne
Aucun chef n’a subi de véritable mise hors de combat. Ce premier débat a néanmoins confirmé que le bilan de la CAQ risque de devenir l’un des principaux enjeux de la campagne.
Paul St-Pierre Plamondon sort renforcé de l’exercice. Charles Milliard a gagné en visibilité et Éric Duhaime a démontré son efficacité dans les échanges directs. Ruba Ghazal est demeurée fidèle à ses convictions, sans toutefois réussir à bouleverser la dynamique de la soirée.
Christine Fréchette devra maintenant trouver une manière de défendre les réalisations de son parti tout en convainquant les électeurs qu’elle incarne un changement réel.
« Je ne suis pas M. Legault », a-t-elle affirmé. La suite de la campagne permettra de savoir si les Québécois perçoivent eux aussi cette différence.