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Édition Nº 01 — Participer aux décisions

Société

Régine Tardieu-Bertheau : « Nous avons besoin d'espaces où nous pouvons nous retrouver, nous parler et mieux comprendre qui nous sommes »

Comment les héritages historiques influencent-ils encore notre rapport à nous-mêmes, à la réussite, à la souffrance et à la santé mentale ? Cette question a été au cœur de l'intervention de Régine Tardieu-Bertheau lors de la deuxième édition de Héritages & Horizons. Psychologue clinicienne…

Comment les héritages historiques influencent-ils encore notre rapport à nous-mêmes, à la réussite, à la souffrance et à la santé mentale ? Cette question a été au cœur de l'intervention de Régine Tardieu-Bertheau lors de la deuxième édition de Héritages & Horizons. Psychologue clinicienne reconnue, spécialiste des enjeux interculturels et de la santé mentale, elle a livré une analyse profonde des mécanismes, souvent invisibles, qui façonnent les comportements des communautés noires, aussi bien sur le continent africain que dans la diaspora.

Avec pédagogie et sensibilité, elle a expliqué comment l'histoire, les traumatismes collectifs, les traditions familiales et les croyances culturelles continuent d'influencer notre manière de nous percevoir, de demander de l'aide et de prendre soin de notre bien-être psychologique. Un discours fort, parfois bouleversant, qui a invité les participants à déconstruire certains tabous et à considérer la santé mentale comme un enjeu essentiel du développement individuel et collectif.

À travers son intervention, Régine Tardieu-Bertheau a rappelé qu'il est impossible de construire un héritage solide sans prendre soin de celles et ceux qui le portent. Car transmettre ne consiste pas seulement à léguer des valeurs ou un patrimoine : c'est aussi transmettre des individus équilibrés, capables de reconnaître leurs fragilités, de demander de l'aide lorsque cela est nécessaire et d'avancer avec confiance. Voici quelques extraits marquants de son intervention.

« La socialisation raciale se fait généralement de manière inconsciente, à travers la famille et nos communautés. Mais elle peut aussi se faire de manière consciente et volontaire, comme nous le faisons aujourd'hui. Je pense qu'il est essentiel de créer des espaces où nous pouvons nous retrouver, échanger et apprendre à mieux connaître qui nous sommes afin de devenir plus solides individuellement et collectivement.

Dans notre héritage, il n'est pas courant de dire que l'on est fatigué. Dans notre mémoire collective, il y a l'esclavage et toutes les épreuves que les personnes noires ont traversées. Face à cette histoire, nos difficultés quotidiennes peuvent parfois sembler insignifiantes. Il existe une forme de charge raciale qui nous pousse à penser que, si nos ancêtres ont surmonté de grands combats, nous devons être capables de supporter les nôtres. Cette réalité est souvent inconsciente, mais elle est bien présente.

C'est pourquoi il est parfois difficile de dire que l'on est épuisé ou que l'on a besoin d'aide. Il y a d'abord la peur d'être jugé, d'être perçu comme une personne faible ou qui n'est pas à la hauteur des attentes. On craint aussi d'imposer un fardeau aux autres. On ne veut pas les inquiéter ni les attrister. Alors, on garde souvent tout pour soi.

À cela s'ajoutent des facteurs culturels. Si ma conception de la maladie ou de la santé mentale est avant tout spirituelle, si je crois qu'il s'agit d'un mauvais sort ou d'un message des ancêtres me rappelant que je n'ai pas accompli certaines choses, alors ma manière d'interpréter cette souffrance sera différente. »

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